Patrimoine Aquitain de l'Education

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Jean Nouvel "Sans lui, je n'aurai jamais été architecte"

  • Date
    2010
  • Type d'archives
    Imprimé
  • Thème
    Témoignage
  • Lieu concerné
    Fumel
    Lot-et-Garonne

Né en 1945 à Fumel (Lot-et-Garonne), Jean Nouvel est admis à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1966. Il en sort diplômé en 1972, après avoir fondé son agence en 1970. En 1981, il remporte le premier concours architectural présidentiel de l’ère Mitterrand pour l’édification de l’Institut du monde arabe. Sa livraison, en 1987, le fera connaître du grand public et lui vaudra le grand prix national d’Architecture et l’Equerre d’argent. Il crée l’Atelier Jean Nouvel en 1994 et enchaîne les projets d’ampleur : opéra de Lyon (1993), musée du Quai-Branly (2006), le Louvre d’Abou Dabi (ouverture en 2013), Musée national du Qatar (ouverture en 2013)… En 2008, il reçoit le prestigieux Ptrizker.

Je suis fils d'enseignants. Et pour ma mère, professeure d'anglais, comme pour mon père, inspecteur, les matières qui comptaient, c'étaient les mathématiques et le français. L’éducation artistique était jugée comme une discipline assez secondaire. A vrai dire, l’idée de mes parents,  c’était que je devienne professeur, ou ingénieur, enfin quelque chose comme ça… Or, à quinze ou seize ans, quand je suis entrée au lycée, j’ai rencontré un professeur de dessin qui m’a très vite passionné. Il s’appelait Marcel Deviers. C’était un homme de passion, engagé notamment dans des activités humanitaires. Mais il était également un artiste local reconnu, peintre du Périgord usant du couteau, de la terre et du sable. Un artiste en marge de la société sarladaise, libre !

Quand je suis arrivé en 2nde, je n’étais pas du tout éveillé au dessin, à la peinture ni, de manière général, aux arts plastiques. En quelques leçons, Marcel Deviers m’a motivé. Il savait parler de ce qu’il faisait ; il a su créer le désir et m’inciter à progresser. « Fais des choses pour toi, copie des œuvres », me disait-il. Je me souviens par exemple avoir travaillé sur l’œuvre de Bourdelle consacrée à Beethoven… Mais il m’a également invité à faire de la céramique, des petits carreaux représentant les hauts lieux de Sarlat à la peinture – à l’époque dont je parle, c’est dans cette ville que nous habitions. Je ne m’en suis pas trop mal tiré, et la table basse qui a été réalisée avec ces carreaux est toujours quelque part chez mes parents ! Puis, peu après, il m’a proposé de venir à son atelier. Et là, je me suis vraiment mis à dessiner et à peindre. A tel point que l’on m’a même confié la décoration du foyer des jeunes de la ville. Après ma terminale, mes parents m’ont demandé ce que je voulais faire. J’ai dit « Artiste plasticien ». Évidemment, ça a bloqué !

Ils m’ont prévenu que je tirerai le diable par la queue toute ma vie, et ils ont plaidé pour que je suivre d’abord une formation sérieuse. Après réflexion, j’ai décidé que je ferai des études d’architecture, avant de revenir aux arts plastiques. Mais l’architecture elle-même leur paraissait une filière un peu risquée ; il a donc fallu que je fasse aussi des mathématiques, mais pour quelques mois seulement, car concilier les deux était impossible. Et puis, l’architecture m’a intéressé… En tout cas, Marcel Deviers m’a fait dévier a changé l’orientation de ma vie ! Car si j’ai choisi l’architecture, c’était pour les arts. Même si, en réalité, j’ai peu continué à dessiner et à peindre par la suite. J’ai, il est vrai, des réticences vis-à-vis des violons d’Ingres. Cela revient un peu à massacrer ce que l’on aime, dans la mesure où l’on n’y met pas assez d’énergie et que l’on manque de maîtrise. Enfin, j’ai trouvé, dans mon métier d’architecte, certaines correspondances. Oui, c’est sûrement le professeur qui a le plus influé sur mon parcours. S’il n’avait pas existé, je ferais sûrement tout à fait autre chose ! Car il faut que les choses prennent le temps se cristalliser, et les trois années passées auprès de lui ont permis cette cristallisation. Dessiner, c’est apprendre à regarder. Dès que l’on voit juste, on connaît les proportions et on sait les transcrire. Et voir juste pour un architecte, c’est assez important !

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  Ecole maternelle Jean Eyraud, Trélissac, 1974.
  • Références

    Benoît Floch, Mon école, Paris, Chêne, 2010, p.116-117.

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