Patrimoine Aquitain de l'Education

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Lettre de Victor Duruy au recteur de l’académie de Bordeaux, 1867

  • Date
    30 octobre 1867
  • Type d'archives
    Correspondance
  • Thème
    Enseignement secondaire des jeunes filles
  • Lieu concerné
    Aquitaine

Ministère de l'Instruction publique
Secrétariat général
Paris le 30 octobre 1867

Monsieur le Recteur,

Les cours secondaires de filles, établis dans un certain nombre de villes, sous les auspices de l'autorité municipale ou par des sociétés libres de Professeurs, ne peuvent répondre à leur destination et porter tous leurs fruits, qu'autant qu'on leur imprimera un caractère véritablement scolaire avec tous les procédés pédagogiques. Les jeunes filles qui les suivent ne sont pas des auditeurs de cours de facultés ou de conférences publiques, venus pour passer une heure à écouter un homme d'esprit, sans prendre de notes, ni faire de rédactions, au risque de n'emporter qu'un souvenir vague de la leçon. Ce sont des élèves entreprenant de suivre un cours normal d'études et s'assujettissant à une marche régulière, pour arriver au Diplôme qui sera la sanction et la récompense de leur travail.
En conséquence, je vous prie de vouloir bien user de votre influence pour faire adopter dans ces cours les règles qui suivent :
   1° Dicter un cours sommaire de la leçon, ce qui aidera les jeunes filles à mieux comprendre, pendant la séance, les notions qu'on leur donne, et ensuite à bien coordonner les notes qu'elles auront prises. . Pour gagner du temps, il conviendrait d'autographier ce résumé à l'avance, et de le distribuer aux élèves au commencement de la leçon.
   2° Indiquer des lectures à faire, d'une leçon à une autre, par exemple en littérature et en histoire, et, dans l'occasion, en demander une analyse écrite.
   3° Indiquer un des précis qui répondent le mieux au programme du cours, sauf à en signaler, dans l'occasion le côté défectueux ou les lacunes ; ce sera un guide précieux pour les élèves souvent inexpérimentées.
   4° Inviter les jeunes filles à rédiger la leçon ou à faire une narration, une description, une lettre, une analyse développée d'une fable de La Fontaine, d'un passage de La Bruyère, d'une pensée morale, etc. etc.
   5° Corriger ceux de ces devoirs qui seront volontairement remis. Cette partie du nouvel enseignement est aussi importante que la leçon elle-même pour en assurer l'efficacité et la durée.
   6° Annoncer des compositions trimestrielles auxquelles prendront part celles des élèves qui le souhaiteront. Chaque élève connaîtra la place qu'elle aura obtenu ; mais il n'y aura pas de liste générale lue publiquement.
   7° Arrêter le plus tôt possible le programme des trois années d'études et faire, après examen, la répartition des élèves entre ces trois années.
   8° Partout où ce sera possible, désigner une dame, institutrice, maîtresse de pension ou future maîtresse dans un pensionnat de jeunes filles, pour servir d'intermédiaire entre le Maître et les élèves, remettre les devoirs, faire les interrogations et remplir en un mot la fonction de répétiteur.
Veuillez être persuadé, Monsieur le Recteur, que nous ne réussirons à fonder quelque chose de durable, à donner au pays une institution nouvelle, aux familles une précieuse ressource, aux pensionnats existants une émulation heureuse et féconde, qu'en employant les moyens que j'indique.
Recevez, Monsieur le Recteur, l'assurance de ma considération très distinguée.
Le Ministre de l'Instruction publique
signé : V. DURUY

Paris le 2 novembre 1867

Monsieur le Recteur,
Je vous ai adressé une circulaire, en date du 30 octobre, relative à l'enseignement secondaire des jeunes filles. Je dois y joindre des observations confidentielles pour insister sur quelques-uns des avantages de ce projet, et indiquer certaines précautions nécessaires. (...)
J'ai à peine besoin de vous dire que dans une oeuvre aussi importante, où de tous côtés nos tentatives seront observées avec une curiosité jalouse, il faut n'engager qu'à bon escient la responsabilité morale de l'autorité académique. Indiquez aux choix des Maires les Professeurs les plus aptes à donner l'enseignement à de jeunes personnes. Ayez égard à l'âge, à la situation de famille, à la nature du talent départi à chacun, au caractère, à la tenue, à la considération obtenue dans la ville, à la réserve, au tact dont le professeur a pu faire preuve en d'autres circonstances ; donnez en un mot une grande attention à tous ces éléments qui peuvent agir sur l'esprit d'une mère de famille.
Si cette entreprise réussissait, nous aurions rendu à la société, aux familles et à l'Université un grand service, car tout en accroissant la légitime influence du corps enseignant et en ouvrant pour lui une source nouvelle d'amélioration dans son sort, nous aurions contribué à faire disparaître le divorce intellectuel qui n'existe que trop souvent entre le mari et la femme. Que de fois l'harmonie n'est-elle pas troublée dans les ménages par ces différences d'éducation, de sentiments et d'idées qui empêchent les deux époux de se comprendre, les font vivre en deux mondes séparés et contraires.
Recevez, Monsieur le Recteur, l'assurance de ma considération très distinguée.
Le Ministre de l'Instruction Publique
V. Duruy

  • Lieu d'archivage
    Enseignement secondaire des jeunes filles
  • Références

    Archives départementales de la Gironde, T 241, Lettre de Victor Duruy au recteur de l’académie de Bordeaux, 30 octobre 1867.

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