Patrimoine Aquitain de l'Education

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Lettre d’André Eygun à ses amis, instituteurs de la vallée

  • Auteur
    André Eygun
  • Date
    trouvée dans l’ouvrage Peuple d’Aspe, paru en 1989
  • Type d'archives
    Lettre manuscrite
  • Lieu concerné
    La vallée d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques)

A mes amis, instituteurs de la vallée

L’école de mon village où j’ai appris à lire était alors une école à deux classes, toutes deux solidement bâties avec un beau toit d’ardoises et de larges fenêtres qui ouvraient sur la place d’où montaient les rires des jeunes filles venant puiser l’eau à la fontaine.

Nous y étions au moins une soixantaine d’écoliers ; les noms de nos instituteurs restent gravés dans ma mémoire. On y faisait naturellement chaque jour des dictées et des problèmes dont l’énoncé a parfois de quoi faire frémir les « nouveaux pédagogues ». Mais on y chantait aussi des chansons françaises, sans oublier celles du pays béarnais, en ce « patois » pourtant officiellement proscrit ; et on y dessinait les fleurs du printemps que nous ramenions à l’école…

                Et il y avait la fête de l’école….et surtout le 14 Juillet qui était aussi le premier jour des grandes vacances.

                Ah, ce quatorze Juillet ! Qu’il était beau, le jour de la République », comme on l’appelait dans le village.

Réunis dans la grande école, nous chantions la Marseillaise, pendant que dans un ciel splendide, les cloches sonnaient à toute volée.

                « Contre nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé » !

Mais ils ne nous faisaient pas peur, ce jour-là les tyrans ! C’était le jour de la Liberté, où nous pouvions chanter O Sacrilèges :

« Les cahiers au feu…et les maîtres au milieu »

Et tout le reste du jour, la joie explosait de plus belle avec les fusées dont on se ravitaillait pour quelques sous chez Marie d’Azaurou l’épicière…et les crapauds qui faisaient deux ou trois sauts avant d’éclater dans les jambes des filles…

Non, aucun de nous qui avions vécu ce jour de gloire ne pouvait oublier « la République ».

                …Maintenant, l’une des deux classes a été fermée ; et l’effectif de celle qui reste s’amenuise d’année en année. S’ajoutera-t-elle à la liste des écoles déjà fermées dans la vallée ?Il  faut bien pourtant que continue l’école de la République….

André Eygun

  • Lieu d'archivage
    Centre de documentation Félix Pécaut
  • Références

    Lettre manuscrite reprographiée (une feuille format A4), trouvée dans l’ouvrage Peuple d’Aspe, paru en 1989.

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